La différence entre short action et long action dans le tir - Comprendre les SA, LA et “actions ELR”
- BHBsolutions
- 13 janv.
- 6 min de lecture
Il y a une confusion qui revient sans cesse dans les projets de carabines de précision : on parle de Short Action, Long Action, parfois d’“action ELR”, comme s’il s’agissait d’un classement du “meilleur” au “moins bon”. Alors que ce sont d’abord des formats mécaniques.
Deux réalités qui n’ont pas le même niveau d’enjeu.
1) Si l’on tire des munitions du commerceDans ce cas, SA ou LA est surtout une question de compatibilité : la cartouche a un format défini (CIP/SAAMI), donc elle est naturellement “short” ou “long”. Le choix est principalement dicté par la cartouche elle-même, et l’essentiel devient : fiabilité d’alimentation, ergonomie, compatibilité chargeur/châssis.
2) Si l’on recharge, ou si l’on veut optimiser (TLD/ELR, balles longues, freebore, siègement)Là, la longueur d’action et surtout la longueur de magasin deviennent un paramètre de performance, parce qu’on ne se limite plus à la longueur “catalogue” : on peut vouloir siéger plus long pour exploiter une ogive donnée, une chambre donnée, et une fenêtre pression/vitesse donnée. C’est précisément ici que SA vs LA (et les formats “ELR/XL”) prennent tout leur sens.
SA et LA : ce que ces mots décrivent réellement

Image tirée de la chaîne Big Ed sur youtube
Dans la pratique, SA (Short Action) et LA (Long Action) désignent la longueur du boîtier et la course de la culasse associée. Ce choix conditionne immédiatement :
la longueur maximale de cartouche que l’ensemble action + magasin peut accepter,
la façon dont la cartouche monte et s’aligne lors de l’alimentation,
la fenêtre d’éjection (donc la facilité à éjecter et à manipuler),
la compacité, parfois le poids, et le “ressenti” au cycle.
Un point clé : la longueur d’action n’est pas qu’une affaire de “calibre”.
Deux cartouches du même calibre peuvent avoir des longueurs très différentes. Et surtout : deux projets sur la même cartouche peuvent demander des longueurs utiles différentes selon le projectile et la façon de siéger.
Où se joue le vrai sujet :

Sur une carabine moderne, ce qui décide vraiment si un projet “passe” en SA ou nécessite LA (ou plus), ce n’est pas une opinion : c’est la longueur totale de la cartouche (souvent appelée COAL / OAL) que l’on veut utiliser dans le monde réel, et la longueur interne du chargeur qui doit l’accepter. (si on compte en utiliser)
C’est ici que beaucoup de configurations se trompent. Une cartouche peut être “short action” sur le papier, mais devenir “short action limitée” dès que le projet vise :
des projectiles plus lourds,
des ogives plus longues (VLD, hybrides, profils orientés TLD/ELR),
un freebore plus long (chambre adaptée),
ou simplement une marge pour optimiser la combustion / pression sans enfoncer l’ogive trop profondément.
Quand l’ogive doit être siégée plus long, le chargeur devient souvent le facteur limitant.
Short Action : compacte, efficace… tant qu’elle n’impose pas de compromis
La Short Action est souvent choisie pour des raisons solides : compacité, course de culasse plus courte, ensemble souvent plus “nerveux” et agréable à manipuler, et un écosystème généralement très large (châssis, accessoires, chargeurs selon plateformes).
Dans un projet cohérent, la SA est un excellent format. Elle convient très bien à une grande partie des usages TLD/PRS classiques.
Mais la limite apparaît dès que l’on essaie de faire entrer un projet “long” dans un format “court”. Le problème n’est pas qu’une SA “ne tire pas”. Le problème est qu’elle peut forcer des compromis discrets :
sièger plus profond que souhaité (ce qui change la dynamique interne),
perdre de la marge de réglage sur le chargement,
ou rencontrer des contraintes d’alimentation/chargeur (notamment sur certaines longueurs internes).
Autrement dit : la SA n’est pas “moins bien”. Elle est simplement moins tolérante quand un projet risque de demander de la longueur.

Long Action : pas un “upgrade”, mais de la marge
La Long Action apporte une chose très simple : de la longueur disponible.
En contrepartie, il y a des réalités mécaniques : course de culasse plus longue, ensemble souvent un peu plus volumineux, et selon l’écosystème choisi, des compatibilités de chargeurs/châssis plus spécifiques.
Le point important : choisir une LA pour une cartouche qui n’en a pas besoin n’apporte pas de magie.
La LA devient pertinente quand elle élimine un verrou que la SA imposerait au projet.
“Action ELR” : ce que cela signifie, et ce que cela ne signifie pas

Le terme ELR (Extreme Long Range) est souvent utilisé comme une catégorie à part. En réalité, il ne décrit pas une longueur unique. Il décrit une intention : encaisser et alimenter des cartouches plus longues, plus volumineuses, plus énergétiques, avec des contraintes que les formats SA/LA “standards” ne couvrent pas toujours.
Une action orientée ELR (ou “magnum / XL” selon les fabricants) vise généralement à gérer :
des cartouches très longues (au-delà des longueurs usuelles),
des diamètres de culot importants (magnum),
des efforts de recul et de verrouillage plus sévères,
des canons lourds, des optiques massives, des montages et accessoires imposants,
et surtout : une fiabilité d’alimentation et d’éjection dans des conditions où le moindre détail devient pénalisant.
Ce qui change souvent sur une action ELR, ce n’est pas seulement “la longueur”. C’est aussi la façon dont l’action est dimensionnée : fenêtre d’éjection, rampe d’alimentation, architecture du boîtier, parfois diamètre et rigidité, etc.
Ce que l’ELR ne signifie pas : “meilleur pour tout”.Une action ELR peut être parfaitement inutilement lourde, longue, contraignante en compatibilités, si le projet ne demande pas ce régime.
La rigidité : oui, mais ce n’est pas le bon critère de départ
On entend parfois : “Une short action est plus rigide, donc plus précise.”Sur le principe, un boîtier plus court peut être plus rigide.
Mais en pratique, la précision sur cible dépend d’abord de la qualité du couple action/canon, de la cohérence des munitions, du montage optique, et du tireur.
La rigidité du boîtier n’est pas un argument suffisant pour choisir un format qui, ensuite, force des compromis sur la cartouche ou le magasin.
Autrement dit : si la SA est cohérente avec la longueur utile du projet, très bien. Si elle ne l’est pas, la “rigidité théorique” ne compensera jamais le fait d’être enfermé dans une longueur de chargeur trop courte.
Conclusion : La différence entre short action et long action dans le tir
Un bon montage de précision ressemble à un système bien contraint :
SA est excellente tant qu’elle laisse la cartouche et le magasin respirer.
LA devient évidente dès qu’il faut de la longueur utile sans bricolage.
ELR a du sens quand le projet sort réellement du cadre standard : cartouches très longues, contraintes de recul et d’architecture, besoin de compatibilités spécifiques.
La meilleure action n’est pas la plus longue ni la plus courte : c’est celle qui ne devient pas le facteur limitant du projet, ni en chargement, ni en alimentation, ni en compatibilité.
BONUS : Repères rapides pour les chasseurs : choisir SA, LA selon l’objectif
En chasse, on ne “choisit pas SA ou LA”. On choisit un résultat terminal. Le format d’action vient ensuite, parce qu’il doit juste accepter la cartouche et la longueur utile sans compromis.
Un chasseur peut raisonner dans cet ordre :
Gibier + angles + distances réelles
Est-ce qu’on parle d’un tir propre à 60–150 m, ou d’une recherche de distance, ou d’un animal dense/épais, ou d’angles difficiles ? C’est ça qui fixe les contraintes.
Type d’ogive et plage de vitesse à l’impact
L’effet terminal vient surtout de la construction de la balle (bonded, monométallique, partition, etc.) et de la vitesse résiduelle au point d’impact. Deux cartouches différentes peuvent tuer “pareil” si la balle est adaptée et si la vitesse/placement sont cohérents.
Cartouche choisie (et éventuellement marge de COAL si on siège long)
Une fois la cartouche définie, on sait immédiatement si elle “vit” naturellement en format court ou long. C’est là que SA/LA devient une conséquence mécanique.
Pourquoi “effet terminal = LA” n’est pas une règle
Oui, certaines cartouches associées à des usages “lourds” sont longues et mènent naturellement à une Long Action (ou magnum long).
Mais ce n’est pas parce que LA serait “meilleure”.
On peut obtenir un effet terminal excellent avec des cartouches SA si la balle est bien choisie et si la vitesse à l’impact reste dans la zone où elle travaille correctement.
À l’inverse, “monter en cartouche longue” n’améliore rien si ça pousse à des munitions inadaptées, à une arme plus encombrante que nécessaire, ou à des compromis d’alimentation selon vos objectifs.



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